Actualités / Grand Prix de la Critique

Remise du Prix ACBD 2026 à Jean Dytar

En marge de son assemblée générale et d’une conférence sur la « profession d’auteurice de bande dessinée, un métier en trompe-l’oeil ? », l’ACBD a remis ce samedi 21 mars 2026 son Grand Prix de la Critique à Jean Dytar, pour Les sentiers d’Anahuac, édité par les éditions Delcourt (son co-auteur Romain Bertrand était absent).

Jean Dytar a reçu un trophée spécialement conçu par le précédent lauréat, Luz (Deux filles nues), encadré par nos soins.

Jean Dytar a prononcé ce joli discours de remerciements :

« Pour commencer, je voudrais excuser Romain Bertrand qui n’a pas pu être présent aujourd’hui, englouti qu’il est actuellement dans un centre d’archives à Londres.

En notre nom à tous les deux, nous vous remercions d’avoir choisi de mettre en lumière Les Sentiers d’Anahuac avec ce Grand Prix de la Critique, dont la liste des précédents lauréats donne rétrospectivement le sentiment d’une bibliothèque de bande dessinée à peu près idéale. C’est donc intimidant et émouvant de s’inscrire dans cette suite, et de succéder au merveilleux album de Luz, Deux filles nues, qui m’avait personnellement ébloui à sa sortie, au point de m’être dit que j’aurais adoré l’avoir écrit et dessiné. Merci à Luz pour ce prix personnalisé !

Et comme nous ne faisons pas nos livres tout seuls, merci à nos éditeurs, les éditions Delcourt et de la Découverte, pour leur accompagnement bienveillant et même enthousiaste tout au long de la gestation puis de la venue au monde de ce livre. Merci au directeur de cette collection bicéphale, à la croisée de la création en bande dessinée et de la recherche en sciences humaines et sociales, Sylvain Venayre. Merci à Stéphanie Chevrier et à Marieke Joly, des éditions de la Découverte. Merci à Guy Delcourt et à Grégoire Seguin, des éditions Delcourt. J’en profite, à titre personnel, pour insister sur ma gratitude envers Grégoire, car c’est avec lui que je travaille depuis bientôt 20 ans (19 exactement depuis nos premiers échanges), c’est lui qui a accompagné tous mes ouvrages depuis lors. C’est donc aussi grâce à cette confiance renouvelée, ces retours de lecture stimulants et exigeants, sa compréhension des pistes que j’ai envie d’explorer, que je dois d’être là aujourd’hui, ainsi qu’à l’engagement et la fidélité de Guy bien évidemment. Nous tenons aussi à rendre hommage à toutes les personnes de l’ombre au sein des maisons d’édition qui participent à faire vivre nos livres. La création, comme la recherche, est une aventure collective.

Pour finir, un petit mot bien dérisoire sur un aiguillon qui a motivé notre projet, autour de la création de ce codex de Florence par un prêtre franciscain espagnol et une équipe de lettrés nahuas, dans le contexte si particulier des débuts de la colonisation espagnole au Mexique – si particulier mais dont on retrouve tant d’avatars dans l’histoire : nous sommes tous et toutes les enfants du contact entre des mondes hétérogènes, d’une manière ou d’une autre. Il n’existe pas d’identité pure, et toute vaine quête en ce sens fait toujours surgir des monstruosités. Les contacts en question furent parfois, et même souvent, d’une grande violence, motivés par l’appât du gain ou la volonté d’hégémonie, et il importe de regarder en face de quelles histoires conflictuelles nous sommes les enfants, afin de comprendre les mémoires meurtries et d’éviter de rejouer ces conflits. Mais nous n’héritons pas que des conflits, et pour éviter de les rejouer, précisément, nous pouvons aussi regarder en face celles et ceux qui ont bâti des ponts par-dessus les ruines, au lieu de tout raser ou de dresser des murs. Des ponts qui, même fragiles ou ambigus, ont permis la rencontre, la reconnaissance de l’autre, la transformation de soi. Puissions-nous collectivement ne pas perdre ni le désir ni la capacité de bâtir de tels ponts, non suffisants mais nécessaires pour espérer stopper la marche forcenée vers un monde de ruines et de murs dressés, dans lequel tant d’acteurs contemporains semblent inexorablement vouloir nous maintenir ou nous conduire.

Merci. »

Assemblée Générale 2026 de l'ACBD, avec le bureau au grand complet, renouvelé à l'unanimité.

Ci-dessus, Assemblée Générale 2026 de l’ACBD, avec le bureau au grand complet, renouvelé à l’unanimité.

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