2000 : L’année des confirmations

Une année de bandes dessinées sur le territoire francophone européenpar Gilles Ratier, secrétaire général de l’ACBD

  1. Confirmation d’une énorme production : 1137 nouveaux albums contre 1020 l’an passé, un chiffre qui avait pourtant déjà battu tous les records.
  2. Confirmation de la puissance d’une dizaine de maisons d’éditions (sur plus de 140) qui publient à elles seules la quasi totalité des albums de BD.
  3. Confirmation de l’implantation des mangas, des comics et de l’heroic-fantasy qui concernent des publics importants mais souvent différents de ceux qui apprécient la traditionnelle BD franco-belge.
  4. Confirmation des récentes valeurs sûres que sont Titeuf, XIII, Largo Winch, Le petit Spirou, Lanfeust de Troy, Litteul Kévin, Le Chat, Cédric, Kid Paddle
  5. Confirmation des jeunes talents : affirmation d’une nouvelle génération d’auteurs prolifiques.
  6. Confirmation de l’album comme support principal de la BD : en effet, alors que la presse fût, pratiquement depuis ses origines, le lieu privilégié de publication pour la BD, c’est l’album cartonné qui prend le dessus depuis quelques années.
  7. Confirmation de la bonne image de la BD pour les publicitaires : jamais la BD n’aura été autant utilisée pour de grandes campagnes de communication.
  8. Confirmation du peu d’intérêt pour les classiques de la BD puisque seulement 29 titres datant de plus de 20 ans ont été exhumés, et encore, pour la plupart, par des petites structures.
  9. Confirmation du développement de la BD sur Internet : éditeurs et sites d’informations…

    Annexes
    Crédits


N.B. : la moindre utilisation de ces données ou d’une partie d’entre elles doit être obligatoirement suivie
suivie de la mention : © Gilles Ratier, secrétaire général de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

I – CONFIRMATION D’UNE ÉNORME PRODUCTION

1137 nouveaux albums contre 1020 l’an passé, un chiffre qui avait pourtant déjà battu tous les records : cette évolution à la hausse, pour la 5e année consécutive, n’a pas l’air de porter préjudice aux ventes puisque les publics concernés sont très variés. Ceci dit, comme 450 nouveautés sont parues entre octobre et décembre, on risque d’aboutir à une saturation de la part des libraires et du public. Au chiffre de 1137 nouveaux albums, on doit encore ajouter 285 rééditions (contre 235 l’an dernier), 103 livres de para BD c’est-à-dire recueils d’illustrations, dessins d’humour ou textes illustrés par des auteurs de BD… (contre 89 l’an dernier) et 38 ouvrages d’essais et d’histoire de la BD (contre 38 l’an dernier). Soit un total de 1563 livres appartenant au monde de la BD (contre 1382 l’an dernier) : une augmentation non négligeable de presque 200 titres.

II – CONFIRMATION DE LA PUISSANCE D’UNE DIZAINE DE MAISONS D’ÉDITIONS

Confirmation de la puissance d’une dizaine de maisons d’éditions (sur plus de 140) qui publient à elles seules la quasi totalité des albums de BD (plus des deux tiers de la production en titres et vraisemblablement plus de 80% de l’activité du secteur) : Glénat (117 nouveaux titres contre 105 l’an dernier), Delcourt (87 nouveaux titres contre 70 l’an dernier), Dargaud-Kana (76 nouveaux titres contre 81 l’an dernier), Tonkam (67 nouveaux titres contre 45 l’an dernier), Dupuis (59 nouveaux titres contre 58 l’an dernier), Casterman (53 nouveaux titres contre 52 l’an dernier), Soleil (49 nouveaux titres contre 34 l’an dernier), Vents d’Ouest (32 nouveaux titres contre 25 l’an dernier), Albin Michel (31 nouveaux titres contre 22 l’an dernier), Le Lombard (29 nouveaux titres contre 33 l’an dernier), Les Humanoïdes associés (22 nouveaux titres contre 17 l’an dernier), L’Association (22 nouveaux titres contre 17 l’an dernier), AUDIE (9 nouveaux titres contre 11 l’an dernier)…


III – CONFIRMATION DE L’IMPLANTATION DES MANGAS, DES COMICS ET DE L’HEROIC-FANTASY

Confirmation de l’implantation des mangas (BD japonaises), des comics (BD américaines tendance super-héros) et de l’heroic-fantasy qui concernent des publics importants mais souvent différents de ceux qui apprécient la traditionnelle BD franco-belge. En matière de BD étrangères, ces derniers ont tendance à préférer les BD venues d’Italie, d’Espagne, d’Argentine ou (et c’est nouveau) d’Angleterre. 227 BD japonaises (Dragon Ball, la plus célèbre, a été tiré à 120.000 exemplaires) ont été publiées (contre 200 l’an dernier). On compte aussi 116 BD américaines (contre 130 l’an dernier), 27 BD italiennes (contre 20 l’an dernier), 11 BD espagnoles (contre 8 l’an dernier), 9 BD argentines (même nombre qu’en 1999), 6 BD anglaises, 5 allemandes, 2 hollandaises, 2 australiennes, 1 serbe, portugaise, israélienne, suédoise, iranienne, danoise, croate… : soit 403 traductions (tout horizons confondus), c’est-à-dire un tiers de la production annuelle.


IV – CONFIRMATION DES RÉCENTES VALEURS SÛRES

Confirmation des récentes valeurs sûres que sont Titeuf de Zep (650.000 exemplaires), XIII (620.000 exemplaires) et Largo Winch (470.000 exemplaires) de Jean Van Hamme, Le petit Spirou de Tome et Janry (400.000 exemplaires), Lanfeust de Troy (250.000 exemplaires) de Tarquin et Arleston, Litteul Kévin de Coyote, Le Chat de Philippe Geluck (plus de 200.000 exemplaires), Cédric de Laudec et Cauvin ou Kid Paddle de Midam (130.000 exemplaires), Le Troisième Testament d’Alice et Dorison… : des séries assez jeunes (moins de 20 ans d’âge) qui réalisent des scores impressionnants et souvent supérieurs à ceux totalisés par les immuables Blake & Mortimer, Lucky Luke, Les Tuniques bleues, Les Schtroumpfs, Blueberry dans ses versions Jeunesse ou Marshall, Buck Danny, Lucien, Les Bidochon, Léonard, L’Incal dans une résurrection de L’après, Achille Talon et autres Ric Hochet. Notons tout de même que des BD plus personnelles réalisées par des auteurs célèbres comme Tardi, Druillet, Vuillemin, Pétillon ou Hermann se hissent aussi au rang des meilleures ventes de l’année.


V – CONFIRMATION DES JEUNES TALENTS

Confirmation des jeunes talents que sont Pascal Rabaté, David B., Lewis Trondheim, Joann Sfar, Blutch, Manu Larcenet, Christophe Blain, Emmanuel Guibert, Christophe Chabouté, Guy Delisle… : une nouvelle génération d’auteurs prolifiques, réalisant indifféremment textes et dessins, dont les œuvres précédentes, pour la plupart, avaient été publiées chez l’Association (éditeur indépendant) et avaient été déjà récompensées lors du festival d’Angoulême en janvier dernier. Cette année, certains d’entre eux sont d’ailleurs regroupés dans une nouvelle collection (« Poisson Pilote »), chez l’éditeur Dargaud dont la ligne éditoriale est d’habitude plus classique. Ce mouvement qui défendune BD « d’auteur » a été amorcé par des personnalités comme Edmond Baudoin, Philippe Dupuy et Charles Berbérian, Marc-Antoine Mathieu, Jean-Philippe Stassen, Mazan ou Emmanuel Moynot. Ces auteurs ont d’ailleurs tous publié, en cet an 2000, d’excellents albums.


VI – CONFIRMATION DE L’ALBUM

Confirmation de l’album comme support principal de la BD : en effet, alors que la presse fût, pratiquement depuis ses origines, le lieu privilégié de publication pour la BD, c’est l’album cartonné qui prend le dessus depuis quelques années. En l’an 2000, seulement 250 BD ont été publiées intégralement et en avant-première dans un journal (quotidien, hebdomadaire, mensuel, trimestriel) qu’il soit généraliste ou spécialisé. Il n’y a, d’ailleurs, plus que 11 véritables revues de bandes dessinées distribuées en kiosques et maisons de la presse. Par contre, dans ce même réseau, on peut trouver plus de 70 magazines consacrés aux super-héros (BD américaines exclusivement) qui paraissent régulièrement (du mensuel au semestriel) ; ce secteur est dominé par deux groupes (Semic et Marvel France) qui laissent peu de place aux concurrents (TSC, Spark, Bongo et, dans une moindre mesure, Glénat).


VII – CONFIRMATION DE LA BONNE IMAGE DE LA BD POUR LES PUBLICITAIRES

Confirmation de la bonne image de la BD pour les publicitaires : jamais la BD n’aura été autant utilisée pour de grandes campagnes de communication. Les exemples les plus frappants de l’année sont XIII et la Française des Jeux, Largo Winch sur les murs du métro pour Télé 7 Jours, l’affiche de Juillard pour l’exposition dans les jardins du Parc de Bercy… Manifestement, les personnages de BD descendent dans la rue et re-dynamisent l’image de toutes sortes de produits : la BD, ça peut donc aussi rapporter gros !


VIII – CONFIRMATION DU PEU D’INTÉRÊT POUR LES CLASSIQUES DE LA BD

Confirmation du peu d’intérêt pour les classiques de la BD puisque seulement 29 titres datant de plus de 20 ans ont été exhumés, et encore, pour la plupart, par des petites structures. Où peut-on lire aujourd’hui les oeuvres des maîtres de la BD internationale (Milton Caniff, Elzie C. Segar, Al Capp, Walt Kelly, Marten Toonder, Hans G. Kresse, Marc Sleen, Bob Van den Born, Tove Jansson, Jesus Blasco, Frank Bellamy, Leo Baxendale, James Holdaway, Jean-Claude Forest, Francis Masse, Franco Caprioli, Benito Jacovitti, Andrea Pazienza, Jules Radilovic, Joost Swarte, Yoshiharu Tsuge…, pour n’en citer que quelques uns parmi les plus récents) ? Si l’on veut former efficacement de nouveaux auteurs, il faut leur donner l’accès aux travaux qui ont inspiré leurs aînés. C’est un peu comme si, en littérature, les romans de Balzac, d’Hemingway ou de Mishima n’étaient plus disponibles ! Quel éditeur aura le courage (et surtout les moyens) de lancer une collection d’indispensables du 9e art comme le fut, en son temps, la patrimoniale collection « Copyright » chez Futuropolis, dirigée par Etienne Robial et Florence Cestac ? Cette dernière, Grand Prix de la ville d’Angoulême cette année, s’engagera-t-elle encore dans ce combat, afin de mettre en valeur les classiques du 9e art ? Il faut cependant souligner qu’un effort a été fait lors d’expositions importantes (BNF, Bercy-Jardins, CNBDI…) lesquelles ont mis l’accent sur cette méconnaissance du patrimoine de la BD.


IX – CONFIRMATION DU DÉVELOPPEMENT DE LA BD SUR INTERNET

Confirmation du développement de la BD sur Internet : pratiquement tous les éditeurs ont leur site (officiel ou non) depuis cette année et des BD célèbres (Lapinot, XIII, Les quatre fleuves…) sont lisibles en avant-première sur des sites importants. L’an 2000 a aussi vu la création d’au moins trois sites exclusivement consacré à l’actualité et la critique de BD : auracan.com, the-comics-world.net et bonjourlabd.com.

Gilles RATIER
Secrétaire général de l’ACBD


ANNEXES

Télécharger au format PDF les annexes du Bilan ACBD 2000 :

>  Annexes Bilan ACBD 2000


CRÉDITS

N.B. : la moindre utilisation de ces données ou d’une partie d’entre elles doit être obligatoirement suivie suivie de la mention : © Gilles Ratier, secrétaire général de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).