2002 : L’année de la diversité

Une année de bandes dessinées sur le territoire francophone européen

par Gilles Ratier, secrétaire général de l’ACBD

  1. Diversité des genres afin d’éviter le piège de la surproduction : 1494 nouveaux albums (contre 1292 l’an dernier) ont été publiés en 2002.
  2. Diversité des origines : en matière de BD étrangères, les séries traduites du japonais et de l’américain sont toujours très présentes sur le marché.
  3. Diversité des maisons d’éditions : elles sont désormais au nombre de 180 (contre 150 l’an dernier).
  4. Diversité dans les supports de pré-publications même si l’album reste le support principal de la BD.
  5. Diversité dans les prix proposés grâce à différentes opérations promotionnelles organisées par les éditeurs traditionnels de BD.
  6. Diversité dans les plus gros tirages et les ventes : de nombreux titres atteignent des chiffres faramineux alors que le tirage moyen diminue.
  7. Diversité dans les appréciations : à quelques exceptions près, comme dans toutes cultures de masse, les albums à très gros succès ne correspondent pas toujours aux coups de cœur de la critique.
  8. Diversité dans l’intérêt porté au 9e art : cela va du simple divertissement à l’exégèse érudite !
  9. Diversité dans les métiers de la BD : ils emploient régulièrement, sur le territoire francophone européen, 1240 auteurs (dessinateurs et scénaristes). Ils n’étaient que 1100 l’an passé.
  10. Diversité dans les adaptations : la BD continue à être très souvent adaptée dans d’autres formes d’art ou pour d’autres médias.

    Annexes
    Crédits et remerciements


N.B. : la moindre utilisation de ces données ou d’une partie d’entre elles doit être obligatoirement suivie
suivie de la mention : © Gilles Ratier, secrétaire général de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).


I – DIVERSITÉ DES GENRES

Diversité des genres afin d’éviter le piège de la surproduction : 1494 nouveaux albums (contre 1292 l’an dernier) ont été publiés en 2002. Locomotive de l’édition, la BD voit ses ventes augmenter d’année en année avec une production toujours accrue, ceci pour la 7ème année consécutive. Notons que cette évolution à la hausse se confirme malgré une croissance du marché du livre légèrement moins bonne (par rapport aux deux dernières années) : la désaffection du public et la perte de prestige de ce support n’est pas encore de mise car la BD est totalement en phase avec notre civilisation de l’image ; elle sait innover en proposant des héros ou des séries aux nouvelles thématiques et en inventant de nouveaux genres graphiques proches de la littérature, du reportage ou de l’essai.

Pour ne pas être inquiétés par cet incessant développement, les grands éditeurs diversifient de plus en plus leurs productions. Si l’on met de côté les 274 livres publiés par les labels indépendants (contre 253 l’an passé) et les mangas (BD japonaises constituant un marché à part), on peut répartir les albums de BD en 6 catégories :

  • Imaginaire (regroupant SF, heroic-fantasy, fantastique…) avec 270 titres contre 260 l’an passé
  • Humour avec 257 titres contre 217 l’an passé
  • Policier (prenant également en compte BD d’espionnage, romans contemporains et thrillers) avec 131 titres contre 122 l’an passé
  • Historique (intégrant également western et aventures de pirates) avec 118 titres contre 101 l’an passé
  • Érotique avec 19 titres contre 32 l’an passé
  • BD pour tout petits avec 48 titres contre 38 l’an passé

Au chiffre de 1494 nouveaux albums, on doit encore ajouter 436 rééditions sous une nouvelle forme (contre 406 l’an dernier), 207 livres de recueils d’illustrations ou de dessins d’humour réalisés par des auteurs de BD (contre 146 l’an dernier) et 67 ouvrages d’essais et d’histoire de la BD (contre 46 l’an dernier). C’est à dire un total de 2204 livres appartenant au monde de la BD (contre 1890 l’an dernier), soit une augmentation de 314 titres (contre 327 l’an dernier) : une part non négligeable des 45000 nouveaux livres publiés dans une année. Ceci explique aussi un certain encombrement dans les librairies, surtout quand on sait que 485 nouveautés (plus 222 rééditions et divers) – soit pratiquement un tiers de la production annuelle – paraissent entre septembre et novembre (voir le graphique joint avec les chiffres de parutions mois par mois) : surproduction substantielle si l’on compare avec le domaine romanesque où plus de 1500 ouvrages sortent pendant la même période (on peut dénombrer, pour l’année, dans ce secteur : 6500 romans dont 1200 romans policiers et 600 histoires fantastiques ou de science-fiction).


II – DIVERSITÉ DES ORIGINES

En matière de BD étrangères, les séries traduites du japonais et de l’américain sont toujours très présentes sur le marché. Les mangas sont les plus appréciées puisque 377 BD japonaises ont été publiées (contre 269 l’an dernier, soit une augmentation non négligeable de 108 titres pour ce marché de plus en plus porteur). Concentrées chez peu d’éditeurs (Glénat, Kana, Tonkam, Pika, J’ai Lu, Génération Comics, Akuma, Dynamic Visions, Akata, Atomic Club, Végétal Manga…), leurs principaux succès sont Yu-Gi-Oh, Love Hina, G.T.O., Kenshin, I’s, Family Compo, Ken le survivant, Slam Dunk, Hunter X Hunter, Angel Sanctuary, Novices Rookies, Card Captor Sakura… (tirés entre 8000 et 30 000 ex.). On dénombre aussi 129 BD américaines (contre 99 l’an passé), 27 BD italiennes (contre 23 l’an passé), 13 BD espagnoles (contre 10 l’an passé), 10 BD argentines (contre 11 l’an passé), 9 BD flamandes, 6 allemandes, 3 autrichiennes, 2 norvégiennes, 1 anglaise, danoise, finlandaise, uruguayenne, bosniaque, polonaise, serbe, slovène… : soit 586 traductions -tous horizons confondus- (contre 433 l’an passé), c’est à dire plus d’un tiers de la production annuelle.

Par ailleurs, remarquons que si les éditeurs produisent de plus en plus d’œuvres non francophones, ils sont toujours à la recherche de nouveaux marchés dans les pays étrangers. Ils convoitent désormais l’Asie du Sud-Est, les pays de l’Est et même les USA, malgré les déboires qu’ils y ont connu à la fin du siècle dernier.


III – DIVERSITÉ DES MAISONS D’ÉDITIONS

Elles sont désormais au nombre de 180 (contre 150 l’an dernier). L’augmentation du nombre de titres est due non seulement au développement des nouvelles maisons d’éditions mais aussi au redéploiement des plus importantes entreprises éditoriales (Glénat, Dargaud, Dupuis, Flammarion avec Casterman et Audie, Albin Michel, Delcourt, Soleil et Les Humanoïdes associés) qui ne laissent pas trop de terrain libre à leurs éventuels concurrents. En 2002, seulement 23 éditeurs publient à eux seuls la quasi-totalité des albums de BD, c’est à dire les 3/4 de la production en titres (ce qui représentent vraisemblablement 80 à 90 % des ventes du secteur).

Les éditeurs les plus prolifiques sont Glénat (144 nouveaux titres contre 122 l’an passé), Dargaud-Kana (126 nouveaux titres contre 97 l’an passé), Delcourt (98 nouveaux titres contre 87 l’an passé), Panini (100 nouveaux titres contre 35 l’an passé), Tonkam (80 nouveaux titres contre 70 l’an passé), Soleil (67 nouveaux titres contre 57 l’an passé), Dupuis (58 nouveaux titres contre 59 l’an passé), Casterman (57 nouveaux titres contre 54 l’an passé), Pika (52 nouveaux titres contre 51 l’an passé), Albin Michel (36 nouveaux titres contre 38 l’an passé), Vents d’Ouest (35 nouveaux titres contre 37 l’an passé), J’ai Lu-Flammarion (37 nouveaux titres contre 24 l’an passé), Lombard (31 nouveaux titres contre 32 l’an passé), Les Humanoïdes Associés (28 nouveaux titres contre 16 l’an passé), Semic (25 nouveaux titres contre 19 l’an passé), Paquet (23 nouveaux titres contre 13 l’an passé), L’Association (21 nouveaux titres contre 17 l’an passé), Audie (19 nouveaux titres contre 12 l’an passé), Bayard (14 nouveaux titres comme l’an passé), Bamboo (14 nouveaux titres contre 13 l’an passé), Les Requins Marteaux (13 nouveaux titres contre 19 l’an passé), BD Erogène (12 nouveaux titres contre 10 l’an passé), Hors Collection (11 nouveaux titres contre 18 l’an passé)… Notons qu’en 2001, ils étaient 25 à regrouper le plus fort de la production annuelle. Il faut souligner que si les plus importantes maisons d’éditions en BD ont de lointains rapports avec les grands groupes éditoriaux, l’effondrement et le rachat de Vivendi par Hachette auront des conséquences, notamment au niveau de la diffusion.

Enfin, il ne faut pas négliger les nouveaux arrivants (L’An 2, EP Éditions, Jet Stream, Temps Forts…) et surtout les petits labels indépendants (Atrabile, Bulle Dog, Carabas, Clair de Lune, La Comédie Illustrée, Cornélius, Le Cycliste, Drozophile, Ego comme X, Erko, FLBLB, FRMK alias les ex Amok et Fréon, Joker, Loup, Mosquito, Petit à petit, PLG, PMJ, Point Image, Psikopat, Rackham, Reporter, Six Pieds sous Terre, Treize étrange, USA, Vertige Graphic….) qui publient régulièrement de la BD et ce depuis plusieurs années, construisant ainsi un catalogue non négligeable : ils réalisent un travail de fond en découvrant de nouveaux talents, même si leurs tirages tournent seulement autour de 2000 exemplaires par titres (certains peuvent néanmoins atteindre les 10.000).


IV – DIVERSITÉ DANS LES SUPPORTS DE PRÉ-PUBLICATION

Diversité dans les supports de pré-publications, même si l’album reste le support principal de la BD. La BD est de plus en plus présente dans toutes sortes de journaux (du quotidien au trimestriel) et aussi sur Internet. Cette année, 269 BD ont d’abord été publiées en revues (contre 259 en 2001). Il y a même, aujourd’hui, 16 magazines de BD vendus en kiosques et maisons de la presse (citons, par exemple, Spirou, Le Journal de Mickey, Picsou, Kid Paddle, Tchô, Fluide Glacial, Psikopat, Lanfeust Mag, Pavillon Rouge, Vécu…) -soit un de plus qu’en 2001-, même si 11 revues préfèrent la distribution en librairies spécialisées, à l’instar de Métal Hurlant qui réalise un come-back réussi. Notons également l’importance des périodiques parlant de la BD qu’il s’agisse des incontournables BoDoï, La Lettre, DBD et L’Avis des bulles, des Wizard et Comic Box spécialisés dans les super-héros ou du dernier-né : Calliope. Par contre, dans ce même réseau, on note toujours une légère baisse des magazines publiant des BD américaines surtout consacrées au fantastique et aux super-héros (Spider-Man, X-Men, Spawn…) : 54 fascicules (tirés entre 25.000 et 50.000 ex.) paraissent régulièrement (contre 66 en 2001) dans ce secteur dominé par trois groupes (Panini, Semic, Dino).

N’oublions pas non plus les BD en petits formats (Rodéo, “Kiwi, Zembla, Mustang, Yuma, Captain’ Swing et Akim) qui atteignent des tirages d’environ 15.000 exemplaires par titres : ces pockets populaires, qui ne sont qu’au nombre de 8, publient des BD anciennes ou d’origine italienne tout en s’efforçant de proposer des créations originales.


V – DIVERSITÉ DANS LES PRIX PROPOSÉS

Diversité dans les prix proposés grâce à différentes opérations promotionnelles organisées par les éditeurs traditionnels de BD. Dargaud, Glénat, Delcourt, Le Lombard, Dupuis (par exemple) s’appuient sur des produits à un prix modique ou offrant un plus (un autre album, un ex-libris, un cahier supplémentaire…). Notons, également, que les formats de poche qui ne dénaturent pas l’original se multiplient : après Librio (filiale de Flammarion) et Le Livre de Poche (filiale d’Hachette), voici Rivages (filiale du Seuil) qui propose désormais Les Peanuts de Schulz dans une version de poche.


VI – DIVERSITÉ DANS LES PLUS GROS TIRAGES ET LES VENTES

De nombreux titres atteignent des chiffres faramineux alors que le tirage moyen diminue. Le nouvel album de Titeuf de Zep est le plus gros tirage de l’année (1.400.000 ex. + 100.000 ex. en retirage) et les anciens titres de cette série se placent également dans les meilleures ventes (toutes catégories confondues) ; en dix ans, ce héros a réalisé une percée spectaculaire, soutenu par un bouche à oreille fracassant dans les cours d’école et, plus récemment, par l’adaptation de ses gags en dessins animés, pour devenir le héros favori des 8-12 ans. Notons enfin que le collectif Mégatchô, où ce personnage apparaît également, est tiré à 140.000 ex.

2002 confirme aussi le succès des grands classiques (valeurs sûres). Ainsi, Largo Winch de Francq et Van Hamme est tiré à 556.000 ex., XIII de Vance et Van Hamme à 500.000 ex., Thorgal de Rosinski et Van Hamme à 350.000 ex., Cédric de Laudec et Cauvin à 304.000 ex., Lucky Luke de Morris et Nordman à 250.000 ex., Les Schtroumpfs du studio Peyo à 220.000 ex., Les Bidochon de Binet à 210.000 ex. et Les Tuniques bleue de Lambil et Cauvin à 205.000 ex. Viennent ensuite Kid Paddle de Midam (200.000 ex.), Trolls de Troy de Mourier et Arleston (180.000 ex.), Les femmes en blanc de Bercovici et Cauvin, Le Marsupilami de Franquin ou La caste des Méta-Barons de Gimenez et Jodorowsky (120.000 ex.), Yakari de Derib et Job (110.000 ex.), Buck Danny de Bergèse (102.000 ex.), Léonard de Turk et de Groot ou Les Profs de Pica et Erroc (100.000 ex.), Les guides en BD (collectifs à 80.000 ex. par titres), Bételgeuse de Léo, Alpha de Jigounov et Mythic, Bouncer de Boucq et Jodorowsky, Sillage de Buchet et Morvan, Atalante de Crisse ou Renaud : BD d’enfer (80.000 ex.), Lefranc de Martin et Simon (75.000 ex.), Le scorpion de Marini et Desberg, Le Chat de Geluck ou Les Technopères de Janjetov et Jodorowsky (70.000 ex.), Aquablue de Tota et Cailleteau (65.000 ex.), Pierre Tombal de Hardy et Cauvin (64.000 ex.), Golden city de Malfin et Pecqueur (62.000 ex.), Ric Hochet de Tibet et Duchâteau, Mégalex de Beltran et Jodorowsky, Wayne Shelton de Denayer et Van Hamme, Les chroniques de la lune noire de Pontet et Froideval, IR$ de Vrancken et Desberg, Momo le coursier de Margerin ou Rester jeune à tout prix de Jim et Fredman (60.000 ex.), Calvin & Hobbes de Watterson (55.000 ex.), Papyrus de De Gieter (52.000 ex.), Les Psy de Bédu et Cauvin, L’élève Ducobu de Godi et Zidrou, Plume aux vents de Juillard et Cothias, Marlysa de Danard et Gaudin ou Tanguy et Laverdure de Fernandez et Laidin (50.000 ex.)…

Même des BD reposant sur le seul nom de leurs auteurs, comme celles de Tardi (tirage de 200.000 ex. pour Le cri du peuple), Loisel (150.000 ex. pour Peter Pan), Gibrat (75.000 pour Le vol du corbeau), Schuiten et Peeters (50.000 ex. pour La frontière invisible), Hermann et son fils Yves H. (50.000 ex. pour Manhattan Beach 1957)… ou des séries au concept original comme Le Décalogue de Giroud (60.000 ex. par titres) et Le Triangle Secret de Convard (50.000 ex. par titres) obtiennent des scores qui font des envieux dans le monde de l’édition. Notons aussi l’atout que représente la répartition en collections qui correspondent à différents segments de marchés et facilitent la vente. Le succès ne se dément pas pour les collections « Aire Libre », « Repérages », « Troisième vague », « Néopolis »… et cela explique la multiplication de ces dernières en cette année 2002 (chez Casterman et Soleil, par exemple). Même si, comme dans tous les secteurs de l’édition, les tirages sont souvent supérieurs aux ventes (le nombre de retours restant imprévisible), la BD est toujours aujourd’hui le domaine qui connaît la plus forte croissance et le plus fort développement !


VII – DIVERSITÉ DANS LES APPRÉCIATIONS

À quelques exceptions près, comme dans toutes cultures de masse, les albums à très gros succès ne correspondent pas toujours aux coups de cœur de la critique. Il en faut pour tous les goûts ! La preuve, découvrez les 20 albums parus en 2002 les plus appréciés par les journalistes et les spécialistes du 9e art. Cette année, le Grand Prix de la Critique a été décerné à Chris Ware pour Jimmy Corrigan chez Delcourt.

Notons cependant que si la population francophone d’Europe lit de plus en plus de BD, elle s’estime toujours aussi mal informée sur l’actualité du 9e art et elle met le doigt sur ce déficit, notamment à la télévision et dans la presse écrite. Les journalistes et spécialistes critiques ne sont bien sûr pas en cause : leur bonne volonté et leurs efforts ne suffisent pas à infléchir la politique et la programmation des médias !


VIII – DIVERSITÉ DANS L’INTÉRÊT PORTÉ AU 9e ART

Cela va du simple divertissement à l’exégèse érudite ! Même si elle est plébiscitée par une grande partie du lectorat francophone européen, la BD n’a pas encore réussi à se faire admettre dans le giron de la culture lettrée des élites et reste encore trop synonyme de sous-culture. Ce qu’on appelle pourtant le 9e art regroupe de nombreux « bédéphiles » qui analysent ou étudient les tendances de cette culture dite du divertissement. Des revues comme Hop ! ou Le Collectionneur de Bandes dessinées continuent, avec érudition, à nous éclairer sur l’histoire tumultueuse et méconnue de la BD.

Remarquons toutefois que 46 titres parus dans la presse ou à l’étranger et datant de plus de 20 ans ont bénéficié d’une parution en album (contre 21 l’an passé). Saluons donc bien bas les initiatives de Soleil, de Toth, de Rackham, de Hors-Collection, de Niffle et de Mosquito qui ont enfin proposé au public francophone des versions rêvées de chefs-d’œuvre signés John Buscema, Jean Cézard, Will Eisner, Harvey Kurtzman, Maurice Tillieux et Dino Battaglia.

Il reste encore de nombreux auteurs à redécouvrir qui mériteraient une édition digne de ce nom mais le désintérêt du public et le peu d’enthousiasme des éditeurs ne laissent pas beaucoup d’espoir. Il serait peut-être utile que le secteur public prenne conscience de ce patrimoine et l’entretienne en aidant financièrement ceux qui sont prêts à s’investir dans ce genre d’initiatives tout en sensibilisant les responsables des établissements concernés. D’autant plus qu’aujourd’hui, la BD est aussi un outil pédagogique que nombre d’écoles utilisent pour permettre et développer l’accès à la lecture et à l’écriture. Celle-ci offre un terrain fantastique à la créativité, à l’intelligence, à la réflexion, au travail en équipe, aux rencontres et à l’ouverture sur toutes les cultures.


IX – DIVERSITÉ DANS LES MÉTIERS DE LA BD

Les métiers de la BD emploient régulièrement, sur le territoire francophone européen, 1240 auteurs (dessinateurs et scénaristes). Ils n’étaient que 1100 l’an passé à avoir un contrat pour au moins trois albums ou pour des publications systématiques dans la presse et à vivre (plus ou moins bien) de la BD. Ceci dit, notons que ces créateurs travaillent aussi de plus en plus pour d’autres médias : jeux vidéos, Internet, cinéma, télévision, presse généraliste ou spécialisée…

Parmi ces 1240 auteurs remarquons que 150 d’entre eux sont scénaristes sans être également dessinateurs. Cette corporation, en constante augmentation, prend d’ailleurs de plus en plus d’importance. Dans l’année 2002, pas moins de 6 ouvrages lui sont exclusivement consacrés : le champion des ventes Jean Van Hamme accorde un long entretien à l’éditeur Niffle, le mystique Alexandro Jodorowsky romance ses mémoires chez Albin Michel, la face obscure de Jacques van Melkebeke est dévoilée chez Vertige Graphic, le vétéran André-Paul Duchâteau raconte ses souvenirs chez Memor, un bel album souvenir (aux éditions des Arènes) nous rappelle que 25 années ont passé depuis la disparition de René Goscinny et l’histoire de la BD est revisitée en partant uniquement du point de vue de ces raconteurs d’histoires (Avant la case chez PLG). Notons également que parmi les dessinateurs et les scénaristes, les femmes sont seulement au nombre de 85 (elles étaient 80 en 2001) et n’oublions pas non plus tous les métiers annexes de la BD (coloristes, lettreurs, maquettistes, traducteurs, éditeurs, responsables éditoriaux, journalistes, organisateurs de festivals…).

Enfin, évoquons les disparitions (rien que sur le territoire francophone européen) de Pierre Joubert (illustrateur de romans pour ados), Maurice Limat (scénariste et romancier populaire), Guy Vidal (scénariste, rédacteur en chef de Pilote et directeur de collections chez Dargaud), Jean-Marie Ruffieux (dessinateur de BD historiques), Marcel Denis (un de ceux qui ont œuvré sur Tif et Tondu et Barbe Noire), Marc-René Novi (dessinateur pour Marijac, Fillette, Lisette, Mickey…), de Jean Pape (dessinateur d’innombrables pockets) et de Charles Dupuis (éditeur du journal Spirou).


X – DIVERSITÉ DANS LES ADAPTATIONS

La BD continue à être très souvent adaptée dans d’autres formes d’art ou pour d’autres médias. Au cinéma, elle est à l’origine des succès qui culminent au top des entrées avec Astérix et Spider-Man (From Hell, Ghost World, Blade, Jean-Claude Tergal et Road to perdition sont aussi sortis en 2002 et de nombreux projets sont en cours dont Les Pieds Nickelés, Jack Palmer, XIII, Bob Morane, Blake & Mortimer, Blueberry, Michel Vaillant, Lucky Luke, Tintin, Thorgal, La femme piège, Neige, Tanguy et Laverdure, Monsieur Jean…). On retrouve aussi des BD sous forme de téléfilms (Jeremiah aux USA ou Ric Hochet en tournage), de dessins animés (Corto Maltese, Arzach, Titeuf, Lucky Luke, Jack Palmer, Agrippine, Petit Vampire, Kaput & Zösky…), de jeux vidéos ou de société (Astérix, Thorgal, XIII, Lucky Luke, Papyrus, Largo Winch…), de comédies musicales (Tintin adapté par l’écrivain Didier Van Cauwelaert, Bob et Bobette en flamand…), de pièces de théâtre (De cape et de crocs…), de produits dérivés…

Les images créées par les auteurs de BD sont aussi utilisées en politique (mobilisation anti-Le Pen), pour la publicité dans de grandes campagnes de communication (XIII pour La Française des Jeux, Boule et Bill pour la Poste, L’élève Ducobu pour la Croix Rouge de Belgique…) et sur Internet, bien entendu. Enfin, de nombreuses expositions lui sont consacrées (Maîtres de la bande dessinée américaine au CNBDI d’Angoulême, Au Pérou avec Tintin au Musée du Cinquantenaire de Bruxelles, Reportages graphiques au Musée de l’Homme à Paris…).

La BD apparaît donc comme un loisir intégré dans les pratiques culturelles de l’Europe francophone et elle touche toutes les générations et les couches sociales. Aujourd’hui, par exemple, plus d’un tiers des Français lisent au moins un album de BD par an et disposent d’une bibliothèque de plus de 10 titres. Ces chiffres sont révélateurs d’une légitimité auprès de la population qui considère la BD comme éducative, originale et populaire ; et si le taux de lecture des BD décroît avec l’âge, il faut noter qu’il augmente avec le niveau d’études…

Gilles RATIER
Secrétaire général de l’ACBD


ANNEXES

Télécharger au format PDF les annexes du Bilan 2002 :

>  Annexes Bilan ACBD 2002


CRÉDITS ET REMERCIEMENTS

N.B. : la moindre utilisation de ces données ou d’une partie d’entre elles doit être obligatoirement suivie suivie de la mention : © Gilles Ratier, secrétaire général de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

Les chiffres des tirages ont été communiqués par les attachées de presse ou les responsables éditoriaux. Merci à Jérôme Aragnou,Virginie Arbib, Marlène Barsotti, Maud Beaumont, Pol Beauté, Régine Billot, Anne Caisson, Évelyne Colas, Cécile Cuillerier, Kathy Degreef, C. Humbert-Droz, Cédric Illand, Michel Jans, Emmanuelle Klein, Christophe Latger, Lise Louvet, Frédéric Mangé, Philippe Morin, Thierry Mornet, Loïc Néhou, Tanaquil Papertian, Stéphanie Parrault, Estelle Revelant, Olivier Sulpice et Hélène Werlé.